MA POSITION SUR L'IA GĂNĂRATIVEÂ
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TrĂšs loin dâĂȘtre une personne rĂ©fractaire au progrĂšs, je suis en revanche parfaitement hostile Ă lâimposture.
Comme moi, un nombre consĂ©quent dâartistes sont capables de dĂ©velopper leurs idĂ©es au travers de leurs talents vĂ©ritables, sachant Ă©crire, dessiner, peindre, composer, jouer dâun instrument, crĂ©er de leurs propres mains, Ă partir de leurs propres idĂ©es⊠Malheureusement, aujourdâhui, nous sommes littĂ©ralement envahis dâindividus qui se rĂ©clament du titre dâartiste, au simple prĂ©texte quâils ont â avec la plus grande paresse et le plus grand mĂ©pris pour ce quâest vĂ©ritablement lâart et la crĂ©ation â demandĂ© Ă une intelligence artificielle de gĂ©nĂ©rer des images, des textes ou des musiques pour eux en lui soufflant, avec la plus navrante des facilitĂ©s, quelques mots-clĂ©s.
Plus caractĂ©ristique encore, ces autoproclamĂ©s « artistes » livrent leurs « Ćuvres » sans mĂȘme faire lâeffort dâen corriger les dĂ©fauts. Pourquoi ? Parce que d'artistes, ils nâen ont que le titre, et quâils sont tout bonnement techniquement, intellectuellement et artistiquement incapables dâagir sur ces images, ces textes ou ces musiques.
Un exemple vĂ©cu illustre particuliĂšrement bien cette dĂ©rive. Une personne mâa rĂ©cemment annoncĂ©, avec une certaine fiertĂ©, quâelle sâĂ©tait lancĂ©e dans la crĂ©ation de compositions orchestrales alors quâelle nâavait jamais pratiquĂ© la musique auparavant. En lâespace de deux mois, elle avait ainsi partagĂ© pas moins de quatorze «albums». Elle mâa expliquĂ© avoir créé lâensemble de ces morceaux Ă lâaide de lâintelligence artificielle, reconnaissant elle-mĂȘme ne possĂ©der aucune compĂ©tence particuliĂšre dans cette discipline. Chacun de ces morceaux a nĂ©anmoins Ă©tĂ© mis en vente sous son nom, protĂ©gĂ© par un copyright et accompagnĂ© de la mention : « produit, composĂ© et interprĂ©tĂ© par [son nom] ».
Le problĂšme ne rĂ©side donc plus seulement dans lâutilisation dâun outil, mais dans lâattribution publique dâun savoir-faire que lâon reconnaĂźt pourtant ne pas possĂ©der. Revendiquer avoir composĂ©, produit et interprĂ©tĂ© une Ćuvre entiĂšrement gĂ©nĂ©rĂ©e par une intelligence artificielle ne relĂšve pas, Ă mes yeux, dâune simple approximation de langage : câest une prĂ©sentation mensongĂšre du processus de crĂ©ation et une maniĂšre particuliĂšrement insultante de nier le travail de celles et ceux qui ont rĂ©ellement appris Ă composer, Ă produire et Ă jouer de la musique.
Avec lâapparition de cette vague dâimposteurs, lâart et les artistes sont en train de voir leur valeur dĂ©prĂ©ciĂ©e, et parfois mĂȘme leur travail ouvertement mĂ©prisĂ©. Combien de fois mâa-t-on demandĂ©, alors que je partageais lâune de mes illustrations ou lâun de mes textes, si cette crĂ©ation avait Ă©tĂ© gĂ©nĂ©rĂ©e Ă lâaide dâune IA ? Nâest-il donc plus envisageable que des ĂȘtres humains soient capables de crĂ©er, dâĂ©crire, de dessiner, de peindre et de faire de la musique de leurs propres mains et par leur propre esprit ? Quand viendra donc le jour oĂč de vĂ©ritables artistes, fiers de partager leurs travaux, se verront traitĂ©s de menteurs, soupçonnĂ©s de dissimuler lâutilisation dâune IA pour crĂ©er Ă leur place ?
On mâoppose Ă©galement souvent lâargument de mon travail en numĂ©rique, en laissant entendre que je serais, de ce fait, moins lĂ©gitime quâun autre artiste. Pourtant, contrairement Ă lâintelligence artificielle gĂ©nĂ©rative, lâutilisation dâune tablette nĂ©cessite toujours de savoir dessiner, mettre en couleur, construire des perspectives, respecter des proportions, hiĂ©rarchiser une composition, maĂźtriser la lumiĂšre, les volumes et les valeurs. Une tablette nâest quâune surface froide qui ne crĂ©e absolument rien par elle-mĂȘme. Elle ne prend aucune dĂ©cision, nâimagine aucune scĂšne, ne corrige aucune faiblesse et ne donne aucun sens Ă lâĆuvre. Dessiner en numĂ©rique, câest toujours dessiner. Une tablette graphique ne dĂ©cide ni de la composition, ni du geste, ni de lâintention.
Mon travail dâĂ©criture devrait-il lui aussi ĂȘtre critiquĂ© parce que je tape mes textes sur un ordinateur qui me permet dâavoir accĂšs Ă un correcteur orthographique, lĂ oĂč Victor Hugo ou Alexandre Dumas Ă©crivaient sur du papier ? Le support Ă©volue, mais lâacte demeure. Un logiciel de traitement de texte ne choisit ni les personnages, ni les situations, ni les Ă©motions, ni les mots que lâauteur souhaite employer.Â
Lorsque lâon sâoppose Ă lâintelligence artificielle gĂ©nĂ©rative, on se heurte frĂ©quemment Ă une forme de mĂ©pris, parfois accompagnĂ©e dâune dĂ©valuation de notre propre travail, encore plus lorsque que l'on travaille en numĂ©rique, rendant presque toute critique de lâIA incohĂ©rente ou hypocrite. Mais câest oublier que, numĂ©rique ou non, avec ou sans logiciel de traitement de texte, le travail dâun artiste demeure fondamentalement diffĂ©rent de la gĂ©nĂ©ration automatique dâune image, dâune musique ou dâun texte par une interface qui se substitue Ă lâacte de crĂ©ation lui-mĂȘme.
Oui, je travaille maintenant le plus souvent en numérique. Pourtant, mon processus créatif reste parfaitement authentique.
Je suis, par exemple, en train de prĂ©parer un nouveau tableau. Pour construire cette scĂšne, ma compagne et moi nous sommes dĂ©guisĂ©s afin que je puisse prendre mes propres photographies de rĂ©fĂ©rence. Nous avons dĂ» choisir les vĂȘtements, chercher les bonnes postures, dĂ©placer les sources lumineuses, recommencer plusieurs prises, modifier les gestes et trouver lâangle capable de traduire exactement ce que jâavais imaginĂ©. Il a fallu placer la lumiĂšre correctement, obtenir la bonne expression, vĂ©rifier la cohĂ©rence des silhouettes et faire vivre la scĂšne avant mĂȘme dâen commencer lâexĂ©cution.
Tout cela fait partie du processus crĂ©atif. Ce sont des heures partagĂ©es, des hĂ©sitations, des essais, parfois des maladresses et des moments qui laisseront une trace dans lâhistoire mĂȘme du tableau. Lorsque je raconterai la crĂ©ation de cette Ćuvre, je pourrai en parler avec de lâĂ©motion et de lâaffect, parce quâelle sera liĂ©e Ă une vĂ©ritable expĂ©rience humaine. Elle aura une histoire, une mĂ©moire, un processus.
Avec lâintelligence artificielle gĂ©nĂ©rative, c'est tout ça qui disparaĂźt. Une personne formule une demande, Ă©crit un prompt et la machine rĂ©alise lâessentiel du travail Ă sa place. L'IA compose lâimage, invente les formes, simule la lumiĂšre, propose les couleurs, construit les dĂ©tails et produit le rĂ©sultat. Ce nâest plus vĂ©ritablement un acte de crĂ©ation : câest une commande.
Mettre un artiste qui crĂ©e par lui-mĂȘme au mĂȘme niveau quâune personne qui « crĂ©e » Ă lâaide de lâintelligence artificielle revient Ă organiser une course de cent mĂštres entre un athlĂšte qui sâest entraĂźnĂ© pendant de nombreuses annĂ©es et une personne qui ne sâest jamais entraĂźnĂ©e, mais qui porte un exosquelette capable de dĂ©cupler sa force et sa vitesse. La compĂ©tition est faussĂ©e dĂšs le dĂ©part. Et mĂȘme si la seconde personne remporte la course, cette victoire ne fera jamais dâelle un athlĂšte accompli ou un sportif mĂ©ritant.
Ătre artiste, câest faire lâeffort de passer des heures, des jours, parfois mĂȘme des mois ou des annĂ©es sur une Ćuvre. Câest souffrir de devoir parfois tout effacer pour recommencer. Ătre artiste, câest retirer du plaisir de cette souffrance crĂ©atrice. Ătre artiste, câest ĂȘtre fier de la douleur, de la frustration et des doutes qui auront Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour crĂ©er.Donner quelques mots-clĂ©s Ă une IA pour quâelle crĂ©e, sans effort aucun, Ă votre place, ne fera jamais de vous des artistes ; cela fait de vous des imposteurs et des voleurs qui ne mĂ©ritent absolument aucune visibilitĂ©, aucun respect, mais seulement le mĂȘme mĂ©pris que celui que vous tĂ©moignez vous-mĂȘmes aux vĂ©ritables crĂ©ateurs avec vos « Ćuvres » low-cost totalement dĂ©nuĂ©es de talent, de savoir-faire et dâintĂ©rĂȘt.
Aujourdâhui, je suis vraiment dĂ©couragĂ© de voir se rĂ©pandre, de façon exponentielle, cette vague dâimages, de musiques, de romans et de textes gĂ©nĂ©rĂ©s par intelligence artificielle. En tant quâartiste qui crĂ©e essentiellement par lâalliance entre ses propres mains et son propre esprit, je suis de plus en plus amer face Ă cette multiplication dâimpostures, et particuliĂšrement agacĂ© de voir toujours davantage de personnes me demander si mes diffĂ©rentes crĂ©ations ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es Ă lâaide dâune intelligence artificielle.
đđ đ„đđŁđąđĄđŠđ đđŠđ§ đĄđąđĄ !!!Dâaussi loin que je me souvienne, jâai toujours dessinĂ©, Ă©crit, créé, cherchĂ© Ă transcender la monotonie du quotidien par la crĂ©ation artistique, quâelle soit picturale, musicale ou Ă©crite. Aujourdâhui, lâensemble de mes travaux, dans tous ces domaines, est le fruit de plus de trente ans dâapprentissage incessant, de travail, de recherches, dâĂ©volution, dâamĂ©liorations, dâexpĂ©rimentations, dâexpĂ©riences et de pratique. Voir tous ces efforts, toute cette Ă©nergie et toute cette passion rĂ©duits au seul soupçon que mes Ćuvres puissent ĂȘtre le rĂ©sultat de lâutilisation dâun logiciel froid et sans Ăąme devient pour moi particuliĂšrement insupportable.
Cela me conduit Ă me sentir obligĂ© de documenter lâavancĂ©e de mes travaux pour conserver les preuves des nombreuses Ă©tapes de crĂ©ation, au cas oĂč quelquâun viendrait, un jour, Ă Ă©mettre un doute sur lâhonnĂȘtetĂ© de mon processus crĂ©atif. Ce nâest pas sain de devoir faire face Ă ce genre de contrainte, Ă ce genre de pression sociale.
Et cela me conduit Ă©galement souvent Ă me demander si jâai encore envie dâentreprendre la crĂ©ation dâune Ćuvre complexe, chronophage et Ă©nergivore, en prenant le risque de me heurter au scepticisme de ceux qui semblent, bien tristement, avoir dĂ©cidĂ© de croire quâun ĂȘtre humain nâest plus capable de crĂ©er par lui-mĂȘme et quâil a forcĂ©ment besoin dâavoir recours Ă lâintelligence artificielle pour sâexprimer intellectuellement et artistiquement.
Certaines activitĂ©s ne gagnent rien Ă ĂȘtre remplacĂ©es, parce que leur valeur rĂ©side prĂ©cisĂ©ment dans le fait quâun ĂȘtre humain les accomplit.
Lâart nâest pas une corvĂ©e dont il faudrait « libĂ©rer » lâhomme. Peindre, dessiner, Ă©crire ou composer ne sont pas des servitudes comparables Ă un travail pĂ©nible ou rĂ©pĂ©titif. Ce sont des pratiques humaines fondĂ©es sur lâexpĂ©rience, la sensibilitĂ©, le geste, la pensĂ©e et lâapprentissage. Automatiser lâart ne libĂšre pas lâartiste : cela supprime lâacte mĂȘme qui donne sa valeur Ă lâĆuvre.
Lâart doit rester aux artistes, non pour protĂ©ger un privilĂšge, mais parce quâun art dont lâauteur nâa ni conçu ni exĂ©cutĂ© lâessentiel du travail nâest plus une Ćuvre humaine : câest un produit gĂ©nĂ©rĂ©.
Refuser cette substitution nâest pas freiner le progrĂšs. Câest rappeler que tout ce qui peut ĂȘtre automatisĂ© ne mĂ©rite pas nĂ©cessairement de lâĂȘtre. Une civilisation ne progresse pas seulement en gagnant du temps ; elle progresse aussi en sachant ce quâelle refuse de sacrifier.
Pour la postérité et pour affirmer la sincérité de mon travail, il me fallait partager ces mots et conclure par cette idée simple, qui résume finalement tout :
L'art, c'est l'alliance entre savoir-faire et crĂ©ation intellectuelle. Dans l'art, le corps, l'expĂ©rience et l'esprit ne peuvent ĂȘtre dissociĂ©s.
DOLSON LEWIS
Le 17 avril 2024 /Â Mis Ă jour le 20 juillet 2026
Pour la postérité et pour affirmer la sincérité de mon travail, il me fallait partager ces mots et conclure par cette idée simple, qui résume finalement tout :
L'art, c'est l'alliance entre savoir-faire et crĂ©ation intellectuelle. Dans l'art, le corps, l'expĂ©rience et l'esprit ne peuvent ĂȘtre dissociĂ©s.
DOLSON LEWIS
Le 17 avril 2024 /Â Mis Ă jour le 20 juillet 2026